havana-live-tourist-in-cigar-factoryDes touristes dans une usine de cigares cubains.Photo AFP

LA HAVANE, 2 Feb. (AFP) La diplomatie des cigares et du rhum est à l’œuvre: depuis peu, les quelques Américains autorisés à se rendre à Cuba peuvent enfin glisser dans leur bagages ces produits qui leur étaient interdits depuis des décennies.

En marge du rapprochement historique annoncé mi-décembre entre les deux pays, le président américain Barack Obama a autorisé ses compatriotes à rapporter 100 $ US de tabac ou d’alcool cubains, mettant un terme à des années de frustrations et de contrôles intraitables aux douanes américaines. «C’est une nouvelle très importante.

Assister à cette ouverture après tant d’années est un grand pas pour les deux nations», se réjouit Alexis Batista, barman au Musée du rhum de La Havane, avant de presser une épaisse canne à sucre et de servir à des touristes le fameux jus de «guarapo».
«C’est plus symbolique qu’autre chose, mais je crois que cela démontre que (…) nous pouvons prendre part à (la promotion) de ces symboles immenses pour la nation cubaine», explique Meryl Cohen, 29 ans, l’une des rares privilégiées à pouvoir voyager sur l’île à l’occasion d’un séjour de son association juive.
Les membres d’associations religieuses font partie des 12 catégories de voyageurs autorisés par les autorités américaines à se rendre à Cuba. Depuis 15 jours, ils n’ont plus besoin d’autorisations spéciales.

HAVANA CLUB CONTRE HAVANISTA
Le numéro 1 du rhum cubain Havana Club, coentreprise entre le gouvernement cubain et le géant français des spiritueux Pernod Ricard, voit d’un bon œil cette ouverture et se prépare déjà pour le jour où sera levé l’embargo américain qui étouffe l’économie cubaine depuis 1962.
«Nous avons des produits en stock, un bon niveau de production et tout est prêt pour entrer sur le marché américain le plus tôt possible», explique à l’AFP Sergio Valdes Dorta, directeur des exportations de la célèbre marque. Selon lui, le potentiel du marché américain, qui représente 40 % des achats de rhum dans le monde, «est très élevé».

Privé de ce débouché majeur, Havana Club s’est tout de même hissé à la troisième place du classement des rhums les plus vendus dans le monde, après Bacardi – entreprise cubaine qui a fui aux Bermudes après la révolution de 1959 – et le Jamaïcain Captain Morgan. Aux États-Unis, Bacardi a remporté une longue bataille juridique contre Havana Club et jouit aujourd’hui du droit d’exploiter la licence Havana Club aux États-Unis.
Pour éviter les complications, l’entreprise cubaine a déjà prévu de modifier le nom de son rhum pour le marché américain. Il s’appellera Havanista. Sollicité par l’AFP, Bacardi n’a pas souhaité commenter l’irruption éventuelle de ce nouveau concurrent qui pourra se targuer d’être 100 % cubain, alors que le Havana Club de Bacardi est produit à Porto Rico.

«IL ÉTAIT TEMPS!»
Dans les rues de la Havane, les vendeurs de cigares confient eux aussi vouloir profiter de cette manne inédite. Barbara Elias Hernandez, vendeuse de cigares au marché artisanal du port de la capitale, n’a jamais compris pourquoi les Américains n’avaient pas le droit d’emporter les célèbres Cohiba, Romeo & Julieta, Montecristo ou Partagas de l’autre côté du Détroit de Floride.
«Ils se contentaient de les fumer ici», raconte cette femme de 45 ans, saluant l’ouverture de ce «nouveau marché» pour les «puros» cubains. Mais en attendant la levée de l’embargo, l’impact des havanes sur le marché américain sera limité car avec 100 $ US comme limite, l’amateur ne pourra par exemple ne rapporter que trois gros Cohiba ou 10 Montecristo numéro 2.

En outre, les heureux élus sont encore peu nombreux, relève pour l’AFP David Savona, directeur du magazine américain Cigar Aficionado. «Cela dit, l’actualité de Cuba a attisé l’intérêt autour du cigare, car lorsqu’on pense à Cuba, on ne peut s’empêcher de penser aux cigares (…) Le fruit défendu est très bon et les gens en veulent», assure-t-il.
Robert Raisler, informaticien à la retraite de 78 ans, participe à un voyage culturel et universitaire. Il confie qu’au moment de préparer son séjour on l’avait averti qu’il ne pourrait rapporter ni rhum, ni cigares. «Lorsque le président Obama a fait son discours annonçant une petite ouverture, on a appris que la nouvelle limite était de 100 $. Je me suis dit: il était temps!»