Les vieilles Américaines, trésor national en péril ?

  havana-live-almendronesLA HAVANE, 6 Mar.   Cuba sans ses voitures des années 1950, c’est un peu comme Venise sans ses gondoles ! Ces autos rutilantes doivent leur survie à l’embargo américain. Mais tout pourrait changer avec le rapprochement historique entre La Havane et Washington. Reportage à Cuba où le Président François Hollande a annoncé sa visite le 11 Mai.  havana-live-almendrones

Elles surgissent au coin des rues défoncées de La Havane, rondeurs assumées, dans leurs carlingues fraise écrasée ou vert pomme. Les Cubaines ? Non, les Américaines. Les vieilles Américaines d’avant la révolution castriste de 1959, symbole des années fric de Batista. Chromes rutilants dehors, les Buick, Chrysler, Pontiac et autres Plymouth font chavirer les touristes.  havana-live-almendrones

11 mai.« Vous savez, il n’y a plus que la carrosserie d’origine, sourit Luis, étudiant en droit dans la capitale cubaine. Les moteurs sont sans cesse trafiqués et viennent de voitures russes ou coréennes.
» En 1962, lorsque les États-Unis décident l’embargo, fini l’importation de pièces détachées. Pour pouvoir continuer à frimer sur le Malecon, les Cubains ont dû mettre les mains dans le moteur, faire appel au Système D et à la débrouille.  havana-live-almendrones

La plupart s’improvisent mécanos. Sur l’île, les garages de fortune à ciel ouvert laissent entrevoir ce sport national (avec le base-ball !). D’année en année, ces bidouilleurs de génie ont réussi à maintenir en état ce trésor national bien loin d’une simple image folklorique.

« Elle nourrit ma famille »
Si ces belles font le bonheur des visiteurs, elles sont largement utilisées par les Cubains eux-mêmes. Bichonnées, les girondes automobiles paradent dans les fêtes de famille. Le volant, on se le transmet de père en fils. Emilio conduit son Oldsmobile couleur menthe à l’eau à Trinidad. Sa voiture a appartenu à son grand-père.   havana-live-almendrones
Même si on lui en proposait un bon prix, il ne s’en séparerait pas. « C’est une relique familiale, pas question de la vendre.
Elle nourrit ma famille. »Au pied des mogotes de Vinales, dans la région des plantations de tabac, Ariel, lui, a vendu sa maison pour s’offrir cette Chevrolet de 1953 rouge carmin. « J’habite chez ma petite amie. Ma voiture, c’est mon gagne-pain. » Il y fait très attention. Pas question de jouer les pilotes de F1 sur les routes à nid-de-poule de Cuba.
Sur l’île, tout propriétaire d’une telle antiquité sait comment contourner les pièges pour préserver les demoiselles fatiguées, qui font partie du paysage cubain.  havana-live-almendrones

Bonheur des collectionneurs
Jusqu’à quand ? Le dégel annoncé des relations économiques entre la perle des Caraïbes et le géant américain pourrait avoir des conséquences sur ce parc automobile unique mais en fin de course.
Depuis longtemps, les constructeurs américains lorgnent sur ce territoire plein de promesses et veulent s’y installer. L’importation de véhicules, autorisée depuis fin 2013, risque de se renforcer a Cuba même si, pour l’instant, les taxes très élevées ne permettent pas aux Cubains, avec leur vingtaine d’euros par mois, de s’offrir une voiture neuve.  havana-live-almendrones

Par ailleurs, les plantureuses Américaines attisent la convoitise des collectionneurs du monde entier. Mais pour l’instant, elles n’ont pas le droit d’aller voir ailleurs. « Interdit » a dit Fidel Castro, elles appartiennent au patrimoine national.
Bouquiniste au marché du livre ancien de La Havane, Osbey en est aussi convaincu : « Laisser partir ces voitures, ce serait une folie !   havana-live-almendrones(Photos : Magali Grandet et Internet)
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