Tranche de vie quotidienne à Cuba

LA HAVANE, 10 Mars Tous les jours, à partir de 11 h du matin, les entreprises d’État ou mixtes coupent l’alimentation électrique pendant quelques heures. Cela correspond, en général, à l’heure du lunch.Le courant électrique est rétabli à 13 h. Les cantines des entreprises doivent donc se préparer en conséquence pour organiser les repas des employés avant l’heure fatidique. Les employés ne s’en plaignent pas, la lumière solaire, première source d’éclairage, est toujours aussi disponible à Cuba et cela, les États-Unis ne peuvent pas le bloquer.

L’alimentation en gaz n’est toutefois pas interrompue, mais on recommande de l’utiliser raisonnablement. La facture mensuelle du gaz par foyer est très basse, trop peut-être. Je connais des gens qui laissent le gaz brûler toute la journée sur leur gazière parce qu’ils n’ont pas de briquet ou d’allumettes pour allumer leurs cigarettes. Un véritable abus.

 Tranche de vie quotidienne à Cuba

Photo Jacques Lanctôt Devant cette station-service, aucune file d’attente.

Ces mesures d’économie d’énergie ont été prises il y a quelques mois à la suite du resserrement de la Loi Helms-Burton contre Cuba, ordonné par le président étatsunien à l’approche du rendez-vous électoral de novembre prochain, dans le but de plaire au vote conservateur de la Floride, et plus particulièrement de Miami.

Ce resserrement se traduit concrètement par l’arraisonnement en haute mer de navires transportant du pétrole vénézuélien à Cuba.

Des bateaux battant pavillon libérien, panaméen ou autres sont frappés de lourdes amendes pouvant atteindre plusieurs millions de dollars et ils se voient interdits d’accoster aux États-Unis pendant au moins six mois. Cuba étant une île, il n’y a aucun pipeline qui peut la relier au continent.

Les livraisons de pétrole, en provenance de l’ami vénézuélien, se font donc sous haute surveillance.

 Tranche de vie quotidienne à Cuba

Photo Jacques Lanctôt Ici, dans cette station-service qui alimente les taxis privés et les autos des organismes d’État, l’attente est d’une vingtaine de minutes.

Devant cette déclaration de guerre — le président Diaz Canel n’affirme-t-il pas que ces attaques des États-Unis ont pour but de tuer Cuba mais qu’heureusement Cuba est toujours vivante et résiste ? —, le gouvernement a adopté différentes mesures, dont celle de couper l’alimentation électrique à l’heure du lunch, mais aussi de réorganiser la distribution du précieux carburant, diésel et gazoline.

À Cuba, « radio-bemba », la rumeur publique, joue un rôle de premier plan pour annoncer, sans qu’on ne sache trop comment, l’arrivée d’un camion-citerne à la station-service au coin de la rue. Soudainement, se forment de longues files d’attente, certains y venant même la nuit pour être certain de pouvoir faire le plein.    

Pour ne pas que les transports publics soient trop affectés, les chauffeurs de taxis collectifs, qui affichent désormais une vignette réglementaire, peuvent s’approvisionner dans des endroits désignés pour eux. On peut donc continuer de se déplacer à La Havane sans trop de problème. Les autos des entreprises d’État bénéficient, elles aussi, d’un système spécial de distribution.

Soixante ans de blocus économique et commercial ont obligé les Cubains à faire preuve d’inventivité. Voici qu’une cimenterie, à Cienfuegos, dans la province de Matanzas, va brûler de vieux pneus usagés pour remplacer le pétrole, permettant de réaliser d’énormes économies.

Cette cimenterie, qui fonctionne depuis 1980, a produit, en 2019, plus de 720 0000 tonnes de ciment. Ainsi, les vieux pneus vont connaître une nouvelle vie, si on peut dire. On prévoit brûler 400 pneus préalablement déchiquetés par jour.

On assure que les émanations sont beaucoup moins nuisibles que celles provenant du pétrole ou du charbon. Le ministère de la Science, de la Technologie et de l’Environnement a approuvé le projet. De vieux pneus contre du ciment, qui dit mieux ?    

Certains produits essentiels viennent souvent à manquer, comme de l’huile végétale pour la cuisson ou le savon à lessive, par exemple. Là encore, il faut se fier à la rumeur publique. Lorsqu’on voit une file d’attente se former devant un magasin d’alimentation, cela signifie très certainement qu’un produit manquant hier vient d’arriver aujourd’hui.

Alors, on se met en file et on tente de savoir quel est le produit magique. Cela peut sembler compliqué au début, mais on apprend très vite. C’est un peu ça vivre dans un pays « bloqueado ». Mais quand on se compare avec des pays voisins, comme Haïti, par exemple, où sévit la plus grande misère et le désordre total, on se console.
( www.journaldemontreal.com)