Les Cubains votent sur leur Constitution

LA HAVANE, 24 Feb. (AFP) Cuba annoncera lundi si sa nouvelle Constitution a été adoptée, un référendum qui a valeur de test pour le gouvernement socialiste, déterminé à défendre son plus proche allié, le Venezuela de Nicolas Maduro, face aux pressions de Washington.

Les premiers résultats du vote de dimanche, marqué par une participation élevée, seront dévoilés lors d’une conférence de presse des autorités électorales à 15H00. «Nous votons pour notre Constitution (…), nous votons aussi pour le Venezuela, nous défendons le Venezuela, car au Venezuela se joue la dignité du continent», a lancé le président Miguel Diaz-Canel après avoir voté. Les bureaux ont fermé à minuit, heure suisse. Une heure avant, la participation était de 81,53%.

Visant à adapter la Constitution de 1976 à l’ouverture économique de l’île, la réforme reconnaît le marché, la propriété privée et les investissements étrangers comme nécessaires pour relancer la croissance d’un pays miné par les pénuries. Mais elle a surtout été brandie ces dernières semaines par le gouvernement comme étendard du socialisme et preuve de solidarité avec le Venezuela de Nicolas Maduro, qui lui apporte pétrole et soutien économique.

«Bientôt ton tour»

La nouvelle Constitution réaffirme le rôle unique du PCC et insiste sur le caractère «irrévocable» du socialisme, en vigueur à Cuba depuis la révolution de 1959 et devenu l’ennemi juré de Donald Trump sur le continent américain.

Ce dernier a assuré que «les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba», et promis que les Etats-Unis ne seraient «jamais un pays socialiste». Alors que le président Maduro est soumis à une forte pression internationale, l’idée que Cuba est le prochain sur la liste se renforce chaque jour.

Samedi, le sénateur de Floride Marco Rubio, d’origine cubaine, a répondu au président Diaz-Canel, qui tweetait son soutien à Caracas: «Bientôt ton tour». Il a aussi dénoncé le référendum comme «une manoeuvre de plus de la dictature cubaine pour s’accrocher au pouvoir».

Mais La Havane ne compte pas se laisser faire et se pose en défenseur de la gauche latino-américaine. «La lutte continue», a affirmé Diaz-Canel sur Twitter, estimant que «le coup d’Etat impérialiste» a échoué samedi au Venezuela, «mais l’empire (les Etats-Unis, ndlr) ne renonce pas à ses plans».

Le gouvernement cubain a mené une intense campagne pour le oui (#YoVotoSi), omniprésente sur les réseaux sociaux, à la télévision et sur les bus et commerces de l’île. Et l’agressivité de Donald Trump «a été une bonne propagande pour le oui», estime le politologue Carlos Alzugaray, qui prédit que beaucoup de Cubains «vont voter oui pour défendre l’indépendance face à la menace américaine».

C’est le cas de Julia Pérez, retraitée de 62 ans: «Avec les menaces des Etats-Unis, c’est toujours la même chose à Cuba, cela finit par unir encore plus les Cubains et voter oui, je pense que c’est la meilleure réponse».

«Une autre option»

Le bulletin de vote offre le choix entre deux cases, oui ou non, à cette question: «Ratifiez-vous la nouvelle Constitution de la République?»

«Deux options: une qui favorise le régime et l’autre qui représente l’unique opportunité du peuple, depuis des années, de lui dire non», assure à l’AFP le dissident José Daniel Ferrer. Manuel René Ramos, avocat cubano-américain de 66 ans réinstallé sur l’île depuis sept ans, a saisi cette opportunité.

«En disant oui, on dit que ce pays ne pourra jamais être capitaliste, et c’est important pour les gens d’avoir une autre option, pour les gens qui veulent changer après 60 ans», confie-t-il.

Critiqué par l’Eglise catholique pour son «idéologie unique» socialiste, le texte est rejeté par une partie des Cubains sur internet, plus facilement accessible depuis le déploiement en décembre de la 3G. Mais si le slogan #YoVotoNo circule largement sur les réseaux sociaux, il est absent des médias et censuré sur les SMS, comme a pu le vérifier l’AFP.

L’opposition dénonce aussi l’absence d’autorité électorale indépendante et d’observateurs internationaux pour garantir la transparence du scrutin. En 1976, la Constitution avait été validée à 97,7% par référendum. Cette année Carlos Alzugaray prévoit «70 à 80%»: «La société a changé et ce changement va se refléter dans le vote».