Le poumon vert de La Havane

LA HAVANE, 15 Dec. On trouve des jardins botaniques dans toutes les grandes capitales, mais ils ne se ressemblent pas tous. Celui de la Quinta de los Molinos, à la frontière des quartiers Vedado et Centro Habana, est exceptionnel,

car il combine une partie d’événements historiques survenus dans l’île de Cuba avec la partie naturelle propre à tout jardin botanique digne de ce nom. En plus d’être une véritable oasis de fraîcheur au cœur d’une ville bruyante et souvent polluée.

J’imagine facilement le frère Marie Victorin se promenant dans les allées du jardin, annotant ici et là dans son carnet bleu les différentes espèces rares rencontrées, comme ce palmier « corcho » miniature qui a survécu à l’extinction des dinosaures.

La partie historique d’abord. Au XVIIIe siècle, sur cet emplacement, on construit deux moulins à eau pour broyer les feuilles de tabac. On exporte surtout ce tabac à priser en Europe, où il connaît un certain engouement.

Mais comme toute mode est éphémère, on ferme bientôt les moulins et on dresse les plans du premier jardin botanique de La Havane, en association avec l’École de botanique de l’Université de La Havane, ainsi que quelques résidences luxueuses pour abriter des officiers supérieurs de l’armée coloniale.

Le général dominicain Maximo Gomez, qui participa aux luttes pour l’indépendance de Cuba, y logera jusqu’à sa mort, en 1905, et c’est pour cette raison que cette prestigieuse demeure, déclarée monument national, est actuellement restaurée. On pourra la visiter très bientôt.

PHOTO JACQUES LANCTÔT L’entrée du Jardinbotanique Quinta de los Molinos.

Pour l’instant, seul le jardin botanique est ouvert aux visiteurs, mais cette visite, guidée ou pas, vaut vraiment le détour. Ce parcours ne figure pas encore dans les circuits touristiques habituels. Pour l’instant, aucun autobus rempli de touristes ne vient encombrer les allées graveleuses du jardin, qui demeure un secret bien gardé. Prévoir une bonne heure, avec un guide qui vous fera découvrir les principales espèces endogènes et celles provenant de l’extérieur de l’île.

« Boulet de canon »

On y trouve, entre autres splendeurs, un arbre très rare appelé communément « boulet de canon », mais dont le nom scientifique est Couroupita guianensis. Ses fleurs, très odorantes et de couleur rose orangé, poussent en grappes. Lorsque le fruit arrive à maturité, il tombe par terre, dégageant une odeur nauséabonde.

Vous pourrez aussi découvrir le jacquier, qui possède les fruits les plus lourds au monde et qui poussent directement sur le tronc, le kapokier ou Ceiba, le palmier pansu et le palmier royal, un acana blanc vieux de deux cents ans, des arbres dont les feuilles immenses poussent près des racines, un coin bonsaï, un jardin à papillons avec de jolis monarques, un étang de nénuphars, des paons, des tortues et bien d’autres merveilles exotiques. Les enfants seront enchantés.
(www.journaldemontreal.com)