Entre la pandémie, la chute du tourisme et les sanctions, Cuba à la peine

LA HAVANE, 6 Mai (AFP) À Cuba, l’épidémie du coronavirus affecte durement l’économie du pays, déjà en grandes difficultés. Sur l’île, le pic de l’épidémie semble passé. Le Covid 19 a fait pour le moment 69 victimes et les infections ralentissent. Mais si la situation s’améliore sur le plan épidémiologique, elle s’aggrave sur le plan économique.

Mardi 5 mai, le pays de 11,2 millions d’habitants comptait 69 décès pour 1.685 cas de contamination et seulement 17 cas détectés lors des 24 heures précédentes. Avec 954 guérisons et deux patients étrangers évacués, Cuba n’a plus que 660 cas actifs.

Mais au delà de l’épidémie, Cuba doit faire face à des pénuries alimentaires mais aussi énergétiques, rapporte notre correspondante à La Havane, Domitille Piron. Les dizaines de mètres de file d’attente devant les magasins le prouvent. Il faut en moyenne attendre plus de 6 heures pour acheter un poulet, une heure pour 2 litres d’huile.

L’attente et le rationnement, les Cubains en ont l’habitude, mais la situation semble atteindre des niveaux jamais vus, même dans les années 90 après le départ des Soviétiques. « Nous n’avions pas vécu ça », disent certains. Il manque du riz, des oeufs, des produits d’hygiène et même de l’eau, car la pluie se fait rare sur l’île.

Pénurie énergétique

Le manque de carburant également laisse craindre des pannes électriques.
Le gouvernement et les médias d’Etat rappellent constamment la population à l’économie d’énergie. Car la consommation a explosé ces dernières semaines, en raison du confinement décidé pour contrôler la propagation du coronavirus, et d’une vague de chaleur inattendue.

À la Havane la consommation d’énergie dans les foyers est passée de 50 à 80% et cette demande énergétique accrue inquiète les autorités qui ont également décidé une pause temporaire dans le recouvrement des factures d’eau, d’électricité et de gaz, pour éviter d’autres files d’attente dans les administrations.

Des difficultés d’approvisionnement aux multiples explications

Tout d’abord Cuba traverse une crise de liquidités depuis longtemps en raison de son système économique étatique et des difficultés que traverse son principal allié, le Venezuela. Et l’un des principaux moteurs de l’économie, le tourisme (3.300 millions de dollars de revenus en 2018), est complètement à l’arrêt depuis un mois. Cette panne affecte aussi durement le secteur privé (quelque 13,8% des actifs) qui ne reçoit lui aucune aide de l’Etat.

Et pour noircir encore ce tableau, les Etats-Unis ne relâchent pas la pression en interdisant à Western Union l’envoi d’argent depuis tous les pays sauf les Etats-Unis, ou encore à travers des poursuites pénales d’entreprises qui font affaire avec Cuba. C’est ainsi que des équipements médicaux offerts par la Chine et des respirateurs artificiels en provenance de Suisse ont été bloqués dernièrement.

Face à cette situation, le gouvernement a donc annoncé en début de semaine un nouveau plan d’économie. Cette nouvelle planification économique place en haut de toutes les priorités la production agricole. Dans une île qui importe 80% de son alimentation (2.000 millions de dollars) et qui se retrouve en grandes difficultés cela semble devenir une urgence.

Et l’administration d’insister également sur les malversations, fraudes et vols généralisés contre l’Etat qui seront scrutés et sévèrement punis. La télévision a récemment diffusé des reportages dénonciateurs.