Canada rétablit des services à son ambassade à Cuba

LA HAVANE, 29 Juillet L’ambassade du Canada à La Havane offrira certains services de visas et de biométrie …après avoir été fermée pendant des mois à la suite de mystérieux malaises ressentis par le personnel diplomatique canadien et américain à Cuba.

À compter du jeudi 1er août, les Cubains pourront de nouveau obtenir des services comme la prise d’empreintes digitales ou la prise de photos nécessaires pour obtenir des passeports ou des visas à l’ambassade canadienne de La Havane.

Cette annonce ne rétablit cependant pas la liste complète des services d’immigration habituellement offerts à l’ambassade canadienne.

Les demandes de permis de séjour ou de visas sur papier n’y seront toujours pas traitées. Seules les demandes en ligne sont acceptées. Depuis le rappel du personnel diplomatique en juin dernier, toutes les demandes à l’ambassade du Canada à Cuba sont traitées depuis Mexico.

Les demandeurs de résidence permanente devront par ailleurs toujours se rendre à l’extérieur de Cuba pour subir les examens médicaux ou les entrevues nécessaires au traitement de leur dossier.

Ces déplacements constituent un défi pour les Cubains, qui doivent obtenir une autorisation de leur gouvernement pour sortir de leur pays, ce qui signifie qu’ils doivent obtenir l’équivalent d’un deuxième visa simplement pour pouvoir mener à bien le processus de demande de l’immigration canadienne.

Mystérieux malaises

Ottawa a complètement suspendu en mai dernier les services d’immigration offerts par son ambassade en raison de malaises inexpliqués qui ont touché plus d’une douzaine de diplomates canadiens et leurs proches depuis le printemps 2017.

En janvier 2019, Ottawa a réduit de moitié son personnel affecté à La Havane après que 13 membres du personnel diplomatique et leurs proches eurent été victimes de perte de poids, de nausées, d’étourdissements, de maux de tête et de difficultés à se concentrer. Ces symptômes subits et persistants ont également été répertoriés à l’ambassade américaine de La Havane depuis 2016.

Les autorités américaines soupçonnent que ces malaises ont été induits par des attaques générées par des appareils acoustiques. Selon des recherches effectuées aux États-Unis sur une quarantaine de membres du personnel diplomatique de l’ambassade américaine à Cuba, les personnes qui ont subi ces « attaques acoustiques » montrent des lésions au cerveau.

Alors que les autorités canadiennes, américaines et cubaines enquêtent pour déterminer la source de ces mystérieux malaises, de nombreux Cubains et Canadiens doivent subir les conséquences de cette restriction des services d’immigration à l’ambassade de Cuba.

Affirmant dans un communiqué que cette décision n’a pas été prise à la légère, le bureau du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, a expliqué que la protection du personnel est très importante.

Des familles et des entreprises en attente

Gérald Poulin, sa femme Yamilet et leur fille Milena tenant des pancartes dans une manifestation.

Gérald Poulin, sa femme Yamilet et leur fille Milena manifestent à Montréal pour la réouverture du bureau canadien d’immigration fermé le 8 mai à La Havane.

PHOTO : RADIO-CANADA / MARIE-LAURE JOSSELIN

Pendant ce temps, des familles cubano-canadiennes sont séparées depuis des mois en raison de l’absence de service d’immigration à Cuba ou dans l’attente de réponses qui ne viennent pas.

Vous séparez des couples. Vous séparez des familles en faisant cela, a déclaré à CBC News Jacqueline Stein, qui parraine la venue de son mari cubain au Canada.

Des entreprises qui font face à une pénurie de main-d’œuvre au pays sont également pénalisées par cette mesure d’Ottawa, car les Cubains qui veulent obtenir un permis de travail ou d’études au Canada font face à davantage d’obstacles et à des coûts supplémentaires.

C’est le cas de Lawrence Levin qui dirige une entreprise de formation en technologie comprenant un programme d’études pour les étudiants cubains. Depuis janvier, ses clients et ses employés ont de la difficulté à se rendre au Canada, ce qui oblige l’entreprise à déplacer ses cours et son personnel de l’Ontario au Mexique.

En janvier, Cuba qualifiait d’incompréhensible la réponse d’Ottawa à cette situation.

L’ambassadrice de Cuba au Canada, Josefina Vidal, ajoutait que la réduction des effectifs à l’ambassade canadienne de La Havane ne contribuerait pas à trouver des réponses aux problèmes de santé éprouvés par les diplomates canadiens et qu’elle aura un impact sur les relations entre les deux pays.

En juin, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a d’ailleurs tenté de calmer le jeu en expliquant à des responsables cubains que les mesures prises à La Havane ne sont pas dirigées contre le gouvernement cubain.

J’ai beaucoup de sympathie pour les Canadiens et les Cubains qui sont confrontés à de réelles difficultés à cause de cette situation, avait-elle déclaré.

Je tiens vraiment à répéter que les mesures qui ont été prises dans notre ambassade à Cuba ne sont en aucun cas une décision politique.

(ici.radio-canada)