À Cuba, une inflation sur le marché noir estimée à 6.900%

LA HAVANE, 29 Oct. (AFP) Les Cubains réagissaient jeudi 28 octobre avec «incrédulité» et «douleur» à l’annonce par les autorités ,

que l’inflation sur le marché noir est désormais estimée à 6.900%, dans un contexte de graves pénuries qui encourage le négoce de la revente. «J’ai grandi, j’ai été éduquée dans ce système et (…) ce que je ressens c’est de la douleur, comme jamais auparavant», a confié à l’AFP Elda Marina Quiñonez, enseignante de 69 ans, à la sortie d’un marché où elle avait acheté des oignons et des herbes aromatiques.

Lors de la session parlementaire organisée mercredi et jeudi, un haut fonctionnaire a donné les chiffres de l’inflation enregistrée depuis l’entrée en vigueur, le 1er janvier, de l’unification des deux monnaies locales, qui a revalorisé les salaires en moyenne de 450% mais a aussi dopé les prix à la consommation.

La réforme tablait sur une inflation des prix au détail de 60%, mais au final, «les gens paient des prix sept à 10 fois plus élevés» qu’avant, a reconnu mercredi Marino Murillo, chef de la commission chargée d’implanter cette réforme.

En cause, le marché noir, stimulé par les graves pénuries d’aliments et médicaments mais aussi par l’ouverture depuis 2019 de magasins ne vendant qu’en devises étrangères, inaccessibles pour une grande partie des Cubains. L’inflation y atteint déjà 6.900% depuis janvier, a-t-il précisé.

De nombreux revendeurs profitent de la situation pour acheter les produits en devises puis les proposer à des prix au moins trois à quatre fois supérieurs. Les devises, quant à elles, s’échangent chaque jour à des taux plus élevés sur le marché noir (le dollar étant autour des 70 pesos cubains, contre un taux officiel de 24), faisant aussi gonfler les prix.

Cette inflation est le produit de la «spéculation», commentait jeudi Delfin Lima, employé dans l’édition de 65 ans, qui marchait dans la rue Obispo, artère commerciale de la vieille Havane. «Je ne pensais pas qu’on aurait une telle inflation car en plus, pour moi elle n’est pas provoquée par des circonstances objectives mais par certaines personnes, principalement les commerçants», a-t-il ajouté.

Cuba vit sa pire crise économique depuis 1993, avec une chute du PIB de 13% entre janvier 2020 et septembre 2021, sous l’effet de la pandémie de coronavirus et du renforcement de l’embargo américain.