À Cuba, plus de jeunes se lancent dans l'entreprenariat

LA HAVANE, 2 Juin Cuba traverse l’une de ses pires crises économiques et si certains n’ont plus que pour seul espoir de s’échapper et fuir le pays,

d’autres, parmi les jeunes, préfèrent voir la crise comme une opportunité. Ils sont de plus en plus nombreux à se lancer et inventer mille et une manières d’aller de l’avant. Malgré la crise du Covid-19, les multiples pénuries, de nombreuses initiatives et de petits entreprenariats émergent.

C’est le cas de Las Frescas, un projet de la cinéaste Leysa Medina. Elle s’est retrouvée sans rien faire il y a un an. Elle a su adapter notamment ses repas à ce qu’elle trouvait sur le marché.

C’est ainsi qu’est né son projet de proposer des préparations culinaires à la demande. Cela a tout de suite pris et une vingtaine de jeunes femmes aujourd’hui issues du milieu culturel font partie du projet.

Une « génération d’entrepreneurs »

« On est une génération d’entrepreneurs en pandémie, explique Dianabel Cardet, qui s’est mise à fabriquer de la bière de gingembre. Avant, il y en avait bien quelques-uns, mais aujourd’hui, on en voit beaucoup plus et on s’est tous mis en réseaux. C’est ça cette génération d’entrepreneurs et je crois que ça va durer même après le coronavirus. »

On travaille avec des personnes qui étaient actrices, ou qui travaillaient au théâtre et qui d’un coup n’avaient plus rien à faire et qui se sont mis à faire des livraisons, de la cuisine, de l’artisanat.

Dianabel Cardet

Tout fonctionne par le bouche-à-oreille et à travers les réseaux sociaux. Rien de très légal, mais c’est toléré en cette période de crise. C’est surtout un projet parmi d’autre, qui pourra devenir plus sérieux, car le gouvernement a annoncé en avril dernier l’ouverture de l’économie au secteur privé. Ce genre de projet a donc toute sa place dans cette réforme.

Ce changement de philosophie dans la politique et l’économie du pays a favorisé l’émergence de ces projets de jeunes. C’est comme si la crise avait permis le retour de la prise d’initiative individuelle.

Jusqu’à présent, les Cubains étaient plutôt habitués à des emplois dans des entreprises d’État et à se débrouiller par eux-mêmes avec le marché noir, notamment pour résoudre leur problème. Mais aujourd’hui, les jeunes semblent vouloir changer tout cela et sont de plus en plus attirés par l’entreprenariat.

« On peut apporter des solutions »

« Avant, j’avais très envie d’émigrer, mais maintenant que j’ai découvert que je pouvais aider des gens ici et faire de l’argent, je trouve que c’est génial, s’enthousiasme Miguel Munoz, qui a créé une petite entreprise d’édition de livre à la demande.

Ici, on est dans un océan de problèmes, mais ça veut dire qu’on peut régler et apporter des solutions à plein de choses. Je vois un réel intérêt du gouvernement d’ouvrir et de soutenir les formes de gestion non-étatiques, le gouvernement ouvre de nouvelles opportunités et de nouveaux mécanismes à sa manière et à son rythme, mais il le fait. »

À son rythme effectivement, car annoncée en avril, l’ouverture de l’économie au secteur privé n’est encore pas mise en place. Reste à voir donc si cet agenda gouvernemental ne viendra pas tuer dans l’œuf les projets innovants de ces jeunes. (www.francetvinfo.fr)