L’effet Trump à Cuba

LA HAVANE, 31 Jan. Quel contraste entre l’administration Trump et celle de son prédécesseur! Si Barack Obama a réussi à détendre les relations avec Cuba, le président Trump a plutôt choisi de faire un retour en arrière.

En attendant une nouvelle embellie, les Cubains endurent et attendent que ça passe.

Il y a moins de deux ans, Obama a marché triomphalement dans les rues de La Havane, il a visité le stade de baseball avec Raul Castro et son discours télévisé a été regardé par tous les Cubains au Grand théâtre Alicia Alonso. L’image est frappante : Raul Castro qui lui lève le bras comme on le fait pour un vainqueur d’un combat de boxe.

Barack Obama et Raul Castro lors d’une conférence de presse à La Havane. Photo : Reuters/Carlos Barria

Et puis soudainement, Donald Trump promet de défaire tout ce qu’Obama a bâti en termes d’ouverture vers Cuba.

On est passé du smart power d’Obama au stupid power de Trump. Si Obama était un loup vêtu d’une peau d’agneau, Trump est un loup vêtu [d’une peau] de loup.

Elier Ramirez Cañedo, analyste spécialiste des relations Cuba-États-Unis

Mais la réalité est beaucoup plus nuancée. On attendait beaucoup plus de la part d’Obama et aussi bien pire de la part de Donald Trump.

« [Obama a posé] des jalons importants, mais il aurait pu convertir l’embargo en une coquille vide. Obama est parti, mais l’embargo reste, la base illégale de Guantanamo également, les plans de subversion continuent avec Radio et TV Marti, etc. », explique Elier Ramirez Cañedo.

Lorsqu’il était candidat, Donald Trump a d’abord trouvé que certaines mesures d’Obama envers Cuba n’étaient pas mauvaises.

Puis, espérant probablement mettre de son côté les anticastristes de Miami, dont la figure emblématique est le sénateur républicain Marco Rubio, il a changé complètement d’avis et a dit que les accords d’Obama étaient mauvais et qu’il allait les défaire complètement. Cela dit, la majorité des Cubains en Floride n’ont pas voté pour Donald Trump.

Vue sur les bâtiments et églises du centre-ville de La Havane.

Puis vient l’annonce de sanctions en juin 2017 : des restrictions plus sévères sur les voyages de citoyens américains à Cuba et l’interdiction de faire affaire avec les compagnies d’État cubaines dirigées par l’armée (une grande partie du secteur touristique).

Mais les relations diplomatiques ne sont pas entièrement rompues.

L’envoi d’argent de Cubains aux États-Unis à leur famille à Cuba reste entièrement libre (2 à 3 milliards de dollars par an, la plus grosse entrée de devises de l’État cubain, avant le tourisme, le nickel, etc.)

« Il ne faut pas voir les choses en noir et blanc, mais en couleur : il y a des membres de l’administration Trump qui veulent faire des affaires avec Cuba, surtout dans le secteur agricole », indique Nestor Garcia Iturbe, analyste politique internationale.

Les « attaques acoustiques »

Le plus dommageable dans la relation Cuba–États-Unis a été l’étrange affaire des « attaques acoustiques ».

En mai 2016, puis en décembre – sous l’administration Obama, donc –, une vingtaine de diplomates américains ressentent des troubles auditifs et des douleurs cérébrales. Huit Canadiens, dont des enfants, ont également été affectés. Les incidents se seraient produits dans les ambassades américaine et canadienne, des résidences diplomatiques et deux hôtels de La Havane, le Nacional et le Capri.

La cause de ces problèmes acoustiques demeure un mystère total.

Vue extérieure de l'hôtel Capri

Des « attaques acoustiques » se seraient produites à plusieurs endroits à Cuba, dont à l’hôtel Capri à La Havane. Photo : Radio-Canada

Au printemps 2017, l’administration Trump se plaint au gouvernement cubain de ces incidents. Raul Castro invite alors le FBI à enquêter. La GRC enquête aussi.

Les Cubains font leurs recherches, mais n’obtiendront jamais les données médicales des victimes américaines.

À l’automne, Donald Trump retire les deux tiers de son personnel d’ambassade et expulse des diplomates cubains à Washington.

Résultat : paralysie des services américains chargés d’appliquer les accords conclus par Obama et, surtout, fin de la délivrance de visas d’immigration américaine à des Cubains (20 000 par an, selon les accords entre les deux pays.)

L’administration Trump conseille aux Américains de ne pas aller à Cuba parce que c’est dangereux.

Depuis l’été 2017, le nombre de touristes américains, qui avait atteint des records, baisse considérablement, mais les compagnies aériennes américaines continuent de voler vers Cuba, et il n’y a jamais eu autant de bateaux de croisière, même américains, dans le port de La Havane.

Un bateau de croisière arrive dans le port de La Havane.

Le 19 avril prochain, les Cubains feront leurs adieux à Raul Castro, qui quitte la présidence de la République cubaine. Ce sera alors un changement de génération; les révolutionnaires tireront leur révérence et il n’y aura pas de Castro à la tête du gouvernement.

Les nouveaux dirigeants cubains réussiront-ils à entretenir une nouvelle et meilleure relation avec le président Trump?

(Radio Canada)