Beatlemania tardive et publique à Cuba

Tard et publique Beatlemania à Cuba 72 Un couple fan cubain de la bande emblématique britannique The Beatles montre les affiches que vous avez enregistré le groupe à son domicile à La Havane. Photo: AFP.

LA HAVANE, 23 mars (AFP)Tous les dimanches à la Havane, une centaine d’aficionados grisonnants et vêtus en rockeurs oublient les années de censure, en chantant et en dansant dans le «Sous-marin Jaune», un lieu dédié auculte des Beatles.

Get Back in Cuba. Chaque dimanche à la tombée de la nuit, une centaine d’aficionados grisonnants et vêtus en rockeurs oublient les années de censure, en chantant et en se déhanchant au son des Beatles, longtemps interdits de séjour sur l’île.

Autrefois clandestine, la passion de ces sexagénaires et septuagénaires pour les «Fab Four» s’exprime désormais publiquement, disposant même de son temple à La Havane: «Le Sous-marin Jaune» (Yellow Submarine), ouvert par l’État en 2011 en hommage à un des plus célèbres titres des quatre génies de Liverpool.

Chaque semaine convergent dans ce bar du quartier du Vedado des poignées d’hommes arborant des tee-shirts noirs estampillés «The Beatles» qui cachent mal leur embonpoint, avec à leur bras des femmes mûres vêtues de minijupes et bottes noires.

Au programme: un concert aux airs de fête rétro, dans un cadre garni de dessins, photos et affiches du groupe légendaire. Sur scène, le groupe d’Eddy Escobar, rocker de 46 ans considéré comme le meilleur interprète des Beatles à Cuba, reprend les tubes légendaires.Un homme et son chien marchant près d'un bar dédié aux Beatles à Varadero. Photo: AFP.

«Ce n’est pas vraiment de la nostalgie, il s’agit plutôt (de jouir) du droit de vivre ce qu’ils n’ont pas pu vivre à cause de toutes ces contradictions» politiques, explique à l’AFP Guillermo Vilar, journaliste et directeur artistique du «Submarino Amarillo».

Passion musicale dans la clandestinité

«Guille» Villar est connu pour avoir été un des organisateurs d’un concert historique donné en 1990 à l’occasion des 10 ans de la mort de John Lennon. L’événement, tenu dans un parc de La Havane, symbolisa un blanc-seing des autorités pour les fans de rock anglo-saxon à Cuba.

Aujourd’hui pas moins de six bars rendent hommage aux Beatles sur l’île caribéenne, tous parrainés par le ministère de la Culture. Celui d’Holguin (est) a même été créé sur une initiative du dauphin désigné du président Raul Castro, Miguel Diaz-Canel.

Dans les années 1960, lorsque la fièvre Beatles s’emparait du monde, les sexagénaires Gisela Moreno et Hector Ruiz, fiancés à l’époque, devaient vivre leur passion musicale dans la clandestinité. Car la jeune Cuba révolutionnaire de Fidel Castro avait proscrit les cheveux longs et les chansons en anglais, langue de l’ennemi, par crainte de déviance idéologique.

À l’évocation de ces années dans leur maison aujourd’hui transformée en sanctuaire dédié aux «Fab Four», ce couple habitué du «Sous-marin jaune» se souvient qu’on interdisait même les pantalons moulants et les minijupes à l’école.

Pour écouter leur musique préférée, certains adolescents enregistraient et copiaient des émissions de radio américaines captées en ondes courtes. Et des voyageurs – y compris certains fonctionnaires – rapportaient des disques de l’étranger, ensuite reproduits avec la complicité d’employés des studios d’Etat.

Toutefois, ces derniers étaient parfois contraints de se contenter de graver des microsillons métalliques, si bien que dans les fêtes privées, «lorsqu’on mettait un de ces disques on entendait du bruit, et en sourdine la musique. C’était un désastre», rigole Hector Ruiz.

Une statue de John Lennon a été inaugurée en 2000 par Fidel Castro

Changement d’époque: les Rolling Stones ont joué l’année dernière à La Havane et une statue de John Lennon a été inaugurée dans un parc en 2000 par Fidel Castro en personne.

 Beatlemania tardive et publique à Cuba

Pour Gisela, l’image de Fidel posant à côté de cette effigie «relevait de la science-fiction». Et encore davantage lorsque le père de la Révolution dit en s’adressant à l’illustre musicien: «je regrette de ne pas t’avoir connu». Le «Lider Maximo» s’est même excusé pour la censure, assurant qu’elle n’était pas de son fait, ayant délégué les questions culturelles à d’autres pour se consacrer à des tâches plus brûlantes, en pleine Guerre froide.

Ce Lennon de bronze assis nonchalamment sur un banc public, réalisé par le sculpteur José Villa, est devenu un lieu de pèlerinage incontournable pour les Cubains comme pour les touristes, qui défilent à toute heure pour se faire photographier à ses côtés. Victime de son succès, la statue s’est fait voler ses lunettes à trois reprises, obligeant les autorités à lui assigner une gardienne chargée de lui chausser et déchausser les précieuses binocles rondes à la demande.

Selon le chanteur Eddy Escobar, l’engouement renouvelé pour les Beatles touche aussi les jeunes Cubains. «Les Beatles sont là et ils resteront, et j’inocule (cette passion) à autant de gens que je peux», affirme le rocker au catogan.