« Adios »: le Buena Vista Social Club est éternel

LA HAVANE, 23 Juillet (AFP) Héros du Buena Vista Social Club aujourd’hui décédés, Ibrahim Ferrer, Compay Segundo, Ruben Gonzalez « ressusciter » dans « Adios », en salles mercredi, une suite au célèbre documentaire sur la rencontre miraculeuse de ces glorieux anciens de la musique cubaine à la fin des années 1990.

En 1999 sortait « Buena Vista Social Club », film-documentaire sur la première tournée du fabuleux groupe, ponctuée par le concert mythique au Carnegie Hall à New York. Avec, derrière la caméra, le réalisateur Wim Wenders, aiguillonné par son « ami américain » Ry Cooder venu apporter au projet les couleurs de sa slide guitar.

Ces « papys » cubains, sortis de l’oubli ou de leur retraite, interprétant avec délectation des classiques du « son », « LA » musique du peuple à Cuba, ancêtre de la salsa, et s’amusant de leur succès soudain et tardif, émurent alors le grand public.

En 2015 et 2016, profitant de la tournée d’adieu du « Buena Vista », baptisée « Adios Tour », la réalisatrice Lucy Walker s’est lancée dans le tournage d’un nouveau documentaire. Avec comme idée phare de raviver, à travers le récit qu’en font aujourd’hui les vivants, la mémoire des héros disparus.

Revivent ainsi dans « Adios » Ibrahim Ferrer (disparu en 2005), Compay Segundo (2003), Ruben Gonzalez (2003), par la magie de la pellicule et du récit qu’en font le guitariste Eliades Ochoa (71 ans) ou la chanteuse Omara Portuondo (86 ans), survivants de l’aventure originelle et vedettes de cette tournée d’adieu.

Mais sont-ils un jour partis ? Ibrahim Ferrer, sa panoplie de casquettes, voix douce légèrement éraillée et coeur tendre, Compay Segundo, sa truculence, ses havanes et ses panamas, Ruben Gonzalez et ses costumes impeccablement taillés… Ces images sont en effet inscrites à jamais dans l’inconscient collectif.

– A la Maison Blanche –

Nick Gold, le producteur des disques du Buena Vista, revient dans « Adios » sur la genèse de cette épopée, née du hasard, alors qu’un autre projet était prévu. « C’était fabuleux dès la première prise », affirme-t-il à propos de la rencontre de musiciens qui ne se côtoyaient plus depuis des lustres.

Juan de Marcos Gonzalez, qui fut à l’époque chargé du casting du Buena Vista, compare l’osmose existant entre les membres du groupe à « un phénomène de physique » où deux particules séparées peuvent vibrer ensemble quand on en touche une seule.

Certaines images du premier documentaire, d’autres puisées dans ses chutes, figurent dans « Adios », alimentant la nostalgie.

Les vivants évoquent aussi leur passé. Eliades Ochoa, « sonero » au large chapeau, se souvient par exemple du jour où Compay Segundo vint lui proposer d’interpréter ses chansons. « Parmi elles, il y avait ‘Chan Chan' », une chanson coquine devenue un classique du Buena Vista, confie-t-il.

Omara Portuondo dévoile son immense amitié pour Ibrahim Ferrer, dont « la douceur de la voix correspondait à l’homme doux qu’il était ».

« Adios » évoque aussi l’itinéraire et la carrière de chacun grâce à des images tirées des archives cubaines. Où l’on découvre Ibrahim Ferrer, l’éternel second couteau, en choriste dans l’orchestre du grand chanteur cubain Pacho Alonso.

« Adios » replace aussi le Buena Vista dans une perspective historique en rappelant les origines du « son » et les grandes figures de la musique cubaine, dont l’incontournable Arsenio Rodriguez. Le film nous ramène aussi à ce qu’il reste du Buena Vista Social Club, club de La Havane dans les années 1930 exclusivement réservé aux Noirs, fermé après la Révolution, qui a donné son nom au groupe.

Mais « Adios », où l’on voit le Buena Vista à la Maison Blanche en octobre 2015, pour le premier concert de musiciens de Cuba en ces lieux en plus d’un demi-siècle, entend aussi se conjuguer au présent.