À Cuba, le mystère des armes acoustiques

À Cuba, le mystère des armes acoustiques LA HAVANE, 24 Août (ouest-france) Une dizaine de diplomates américains et canadiens auraient été victimes à Cuba de pertes auditives sérieuses, qui restent à ce jour inexpliquées.

Le gouvernement américain suspecte une attaque d’un nouveau genre, menée via un mystérieux bruit assourdissant. À La Havane, l’enquête bat son plein.

Au début du mois d’août, la diplomatie américaine rendait enfin public le mystérieux départ de cinq diplomates américains en poste à La Havane. Partis à l’automne 2016, ces derniers avaient commencé à souffrir de pertes auditives sérieuses et inexpliquées ainsi que d’autres symptômes neurologiques variés, comme des malaises, semblables à ceux provoqués par un commotion cérébrale.

Deux d’entre eux avaient même dû être rapatriés aux États-Unis pour être soignés (ils ne sont jamais revenus depuis). Le gouvernement américain a pris l’affaire très au sérieux, au point de lancer plusieurs enquêtes dans la capitale cubaine, afin de percer le mystère de cette étrange épidémie.

L’affaire a pris, cette semaine, une nouvelle tournure. Selon la chaîne de télévision CNN, le nombre de victimes s’élève désormais à dix. D’autres éminences de l’ambassade ont, depuis, décidé de quitter de leur plein gré le pays, craignant d’être les prochaines victimes. Cinq diplomates canadiens ont aussi signalé des symptômes comparables à ceux de leurs homologues américains.

Un bruit assourdissant

Trois hauts responsables américains, sous couvert d’anonymat, ont affirmé (toujours selon la chaîne américaine) que Washington orientait ses investigations sur la piste d’une possible « attaque acoustique ». Celle-ci serait menée grâce des appareils soniques sophistiqués, déployés à l’intérieur ou à l’extérieur de la résidence des diplomates.

Certaines victimes affirment avoir été attaquées par l’arme mystérieuse tard dans la nuit, chez elles, alors qu’elles dormaient. Le bruit serait assourdissant et semblable à celui d’un bourdonnement d’insecte ou du frottement d’un métal contre le sol.

Mais qui est derrière tout ça ?

Plusieurs enquêteurs ont passé au peigne fin les résidences des diplomates, sans jamais y avoir retrouvé aucun dispositif suspect. Les spécialistes de l’audition consultés restent dubitatifs. Personne n’est capable aujourd’hui de dire de quoi il s’agit, ni quel type d’« arme » aurait été utilisé. Les soupçons des responsables américains se portent sur des pays tiers, tels que la Russie, la Chine, la Corée du Nord, le Venezuela ou l’Iran, révèle CNN.

Cuba est-elle impliquée ? Mystère. Les relations américano-cubaines, nouvellement rétablies, sont encore très fragiles. Les deux pays ont repris le contact en 2015, après un demi-siècle de rupture.

Mais elles se sont déjà dégradées de nouveau, depuis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le président américain a durci le ton face à La Havane, en juin, après avoir expulsé deux diplomates cubains en poste à Washington, en expliquant que « Cuba est responsable de la sécurité [des] diplomates sur place ».

Cuba a certes protesté, mais le ton ne semble pas être monté outre mesure entre les deux pays. « Cuba n’a jamais accepté que son territoire soit utilisé pour toute action contre les agents diplomatiques accrédités ou leurs familles, sans aucune exception », a déclaré le gouvernement cubain en réponse.